Prévenir le burn out en détectant les premiers symptômes

Publié le 15 février 2018 - Modifié le 29 octobre 2018

Salariée fatiguée se reposant sur son bureau face à son ordinateur

Le nombre de personnes qui seraient en souffrance dans le monde de l’entreprise, au bord de l’épuisement professionnel, ne cesse de croître - si l’on se fie aux études sur le sujet. D'après une étude du cabinet Technologia 1 en 2015, un artisan-commerçant sur cinq est concerné par le surengagement, ou burn out.

Semaine de prévention contre le burn out 2018

Le burn out : symptômes, traitements et prévention

Problème de fond ou un simple phénomène d’actualité ? L’apparition du terme burn out remonte à 1970, et met le doigt sur des troubles profonds face auxquels l’entreprise peut et doit agir.

Qu’est ce que le burn out ? Les symptômes concrets

Pour bien réussir son burn out : prenez une bonne louche de conscience professionnelle, ajoutez un peu de pression et saupoudrez d’une surcharge de travail. Fouettez énergiquement jusqu’à ce que le stress monte. Recouvrez le tout avec une incapacité chronique à déconnecter du bureau, et faites chauffer à feu doux. Laissez mijoter plusieurs semaines. C’est prêt !

Le burn out, littéralement « s’éteindre » ou « se consumer », aussi appelé épuisement professionnel, est un processus lent et progressif. Une évolution si insidieuse, qu’il est très facile de se laisser prendre au piège.

Les travaux au sujet de l’état d’épuisement professionnel ce sont multipliés depuis les années 70. Tantôt décrit comme la phase finale d’un processus d’épuisement dans le cadre de l’entreprise, tantôt comme une réaction de repli face aux exigences et au fardeau du travail, le burn out se traduirait par un état général de fatigue. Celle-ci survient à tous les niveaux : émotionnelle, physique et psychique. Mais ce n’est pas tout. Cet « état » a des conséquences sur l’implication de l’individu dans le milieu professionnel.

Instinct de survie #1 : comprendre les étapes symptomatiques

Prenons le cas de Julie. Julie vient d’intégrer sa nouvelle boîte. Elle est pleine d’enthousiasme évidemment, qui ne le serait pas en décrochant son premier job. Elle est impliquée, consciencieuse et souhaite livrer le meilleur d’elle-même pour être considérée comme une bonne collaboratrice. Julie gère bien la pression. Même si elle prend peu de temps pour elle, la satisfaction du travail bien fait lui suffit.
Au fil des semaines, Julie se démène pour assumer ses responsabilités. Pas le temps pour le repos, le travail doit être fait ! Quitte à boucler certains dossiers le weekend. Le sommeil se fait rare, la fatigue s’installe, et Julie préfère décliner les invitations de ses amis pour pouvoir récupérer de ces journées.

Pour tenter de garder le contrôle, Julie s’acharne à en faire toujours plus. Elle est stressée, et même irritée. Elle fait abstraction des douleurs physiques qui s’installent et de son état de fatigue constant. Ses relations professionnelles et personnelles se dégradent. On la juge même désagréable.

Julie est centrée sur elle-même et se dévalorise continuellement. La moindre activité devient un effort insurmontable. Pour Julie, abandonner serait synonyme d’échec, alors elle persévère malgré les crises d’angoisse de plus en plus fréquentes.
Julie se traîne au bureau. Elle se sent rejetée, incompétente. Tout l’ennuie, rien n’a de sens. Julie sent que son corps refuse d’avancer. La fatigue mentale l’épuise. Le vide émotionnel l’oppresse. Julie ne peut plus faire face à son quotidien. Burn out !

Crise de démence, amnésie passagère, arrêt cardiaque…  les conséquences du burn out varient selon les individus. De façon générale, les avis médicaux évoquent le stress ressenti sur le lieu de travail qui peut conduire graduellement à un épuisement physique, intellectuel et émotionnel accompagné d’une déshumanisation.

Il est donc vital de comprendre les étapes qui jalonnent le parcours vers le burn out afin d’en déjouer les mécanismes.

Instinct de survie #2 : se prémunir en repérant les signaux d’alarme

Avant la rupture totale, Julie ou son entourage aurait pu détecter certains signes avant-coureurs.

Premier signe d'un burn out: le stress chronique.

Une fatigue chronique s’installe. Le sentiment de fatigue n’est plus épisodique mais bien installé durablement à cause de conditions de travail très exigeantes, d’un manque de ressources et d’appui pour obtenir des objectifs très hauts. Les temps de repos ne sont pas suffisants et on ne « déconnecte » plus. La fatigue prend le dessus.

Autrement dit, l’exposition prolongée et répétée à des situations professionnelles que l’on ne maitrise pas. Ce stress peut se traduire par des troubles du sommeil, des douleurs musculaires ou digestives, ou encore des palpitations cardiaques.  

Conseil : prenez le temps de vous reposer ! La solution paraît évidente et pourtant les candidats au burn out ont du mal à s’y soustraire. Parmi les gestes salvateurs à adopter, vous pouvez vous exercer à la méditation, diminuer votre quantité journalière de café ou faire des efforts physiques (bienfaits anxiolytiques et antidépresseurs garantis !). Mais par-dessus tout, acceptez les contrariétés, prenez du recul et fixez-vous des limites pour préserver votre bulle de bien-être. Vous ne pouvez pas tout maitriser. Et bonne nouvelle, c’est normal !

Deuxième signe d'un burn out : le déni.

Une fois accoutumés au stress permanent, vient la phase de résistance. Nous faisons consciemment abstraction des troubles physiques, émotionnels ou mentaux que nous subissons jusqu’à ne plus les percevoir.

Les personnes touchées ont une tendance à devenir cyniques et à se détacher de leur travail. Parce qu’il n’est plus possible de faire face et de tenir bon, un désengagement s’amorce. Moins d’implication, plus de négativité. Une réponse de survie presque, un repli pour se préserver.

Enfin, dernière conséquence notable, le sentiment d’inefficacité dans le travail se développe. Celui d’accomplissement personnel disparait. Il n’y a plus vraiment de sens à travailler, ni à s’accomplir par le travail.

Conseil : comptez sur votre entourage. Famille et amis doivent prendre les devants pour stopper le processus d’épuisement professionnel. Mais comment communiquer avec quelqu’un qui a, pour ainsi dire, la tête dans le guidon ? Instaurez le dialogue en utilisant des mots précis pour décrire l’état de santé de votre proche, exprimez vos inquiétudes, gardez un ton calme et non-infantilisant sans tomber dans la psychanalyse.

Troisième signe d’un burn out : des symptômes physiques violents.

Comme un boomerang, les douleurs physiques et symptômes dus au stress chronique réapparaissent, mais cette fois version agressive, voire irréversible.

Conseil : consultez un médecin. Si malgré votre volonté à vous ménager des temps de repos rien ne s’améliore, la meilleure option est de s’adresser à un professionnel médical afin de bénéficier de soins adaptés.
Une fois ces trois phases passées, il est souvent trop tard pour réagir. L’épuisement professionnel est atteint. Mais nous n’allons pas abandonner Julie tout de même !

Instinct de survie #3 : reconquérir sa vie

Julie paraît mal engagée, certes. Néanmoins, il existe des solutions pour qu’elle retrouve son équilibre. L’arrêt de travail est évidemment une condition sine qua non. De quelques mois à plusieurs années selon la gravité des dommages engendrés par le traumatisme, la convalescence peut être longue et s’accompagne souvent d’un travail psychothérapeutique.

Après un burn out, l’individu est en phase de reconstruction identitaire. L’entourage que Julie a négligé faute de temps et de fatigue, est désormais primordial pour l’aider à restaurer sa vie sociale, familiale et sentimentale. L’objectif pour Julie est de réaliser qu’il existe autre chose que le travail dans sa vie. Pas si simple….

Autre aspect important, la reconnexion physique. Julie va devoir réapprendre à écouter son corps et à faire « respirer » son organisme. Sport, massages, cures de sommeil… A chacun sa méthode.

Une fois le corps et l’esprit apaisés, vient le temps de se projeter de nouveau dans un environnement professionnel. L’envie de renouer avec le travail peut se manifester naturellement. Dans d’autres cas, les sujets auront besoin de l’appui d’un médecin. Prudence tout de même. Les personnes ayant vécues un burn out devront faire preuve de vigilance pour ne pas retomber dans les mêmes travers.

Faute de statistiques sur le sujet, il est difficile de quantifier avec exactitude l’ampleur des cas de burn out à l’échelle nationale. Sans doute une des raisons pour lesquelles l’épuisement professionnel n’est, à ce jour, pas reconnu comme une maladie professionnelle à part entière. Le cabinet Technologia milite d’ailleurs pour changer cet état de fait qui pourrait, par lien de causalité, amener les employeurs à investir dans la prévention de la maladie plutôt que d'indemniser les salariés.

Semaine de prévention contre le burn out 2018

Comment se sent-on réellement en cas de burn out ?

Comment se manifeste visiblement cet état de burn out ? Via une hypersensibilité accrue, une humeur globalement négative et triste. Physiquement, cet état d’épuisement a des conséquences directes : des troubles du sommeil en passant par des tensions musculaires jusqu’à des variations fortes de poids… le corps est soumis à ces tensions et est mis à mal. Dans le cadre professionnel, cet état se remarque par une plus grande difficulté à se concentrer et à accomplir plusieurs taches. Les erreurs sont plus facilement commises.

Comment prévenir le risque de burn out et anticiper les situations à risques ?

Pour les dirigeants d’entreprise et responsables des ressources humaines, il existe des solutions pour anticiper les problèmes liés à l’épuisement au travail. Ce sujet ne doit pas être négligé, même dans une structure de taille modeste, car les sujets touchés peuvent longtemps garder sous silence cette douleur, avant « d’exploser » et de basculer dans un état encore plus grave de dépression. Quels outils utiliser ? Il faut à la fois mener une observation sur le plan collectif, et repérer des signaux faibles, mais aussi mener une exploration des souffrances individuelles.

Au niveau collectif

Mettez en place des indicateurs clés liés au personnel dans l’entreprise. Surveillez notamment l’absentéisme, car des périodes d’absence courtes mais répétées peuvent être le signe précurseur d’une « fragilité ». Quel est le taux de turnover ? Les multiplications des demandes de mutation ou de changement de poste, mais aussi (évidement) les démissions annoncent un climat tendu et le risque de situations d’épuisement professionnel. Il faut tendre l’oreille et ouvrir grand les yeux pour détecter une détérioration de l’ambiance de travail, ou des revendications qui, souvent, indiquent une souffrance. Les accidents du travail, les maladies professionnelles ou encore les TMS et pathologies diagnostiquées sont aussi à noter, car leur multiplication peut être l’annonce de problèmes bien ancrés.

Au niveau individuel

L’observation terrain sera la meilleure arme pour repérer des troubles. Certes, il existe des outils comme le Maslach Burn out Inventory (MBI), le questionnaire scientifiquement validé le plus utilisé aujourd’hui. Ne vous réfugiez pas derrière un questionnaire et des indicateurs pour diagnostiquer une situation personnelle qui vacille. Il faut communiquer. Le dialogue et l’écoute seront les meilleurs outils. Utilisez notamment les temps de discussion informels, mais aussi les rendez-vous de suivi, les points hebdomadaires…

Pour agir, il faut dépoussiérer son management et trouver des clés pour permettre aux hommes et femmes de l’entreprise de s’épanouir. Plus grande flexibilité des horaires, ouverture au télétravail, bureaux partagés, travail en mode projet. Les techniques de management adaptées à notre époque ne manquent pas. Piochez-y ce qui vous semble bon à votre niveau. L’important est d’aider vos employés à bien marquer la différence entre sphère privée et professionnelle. En effet, en marge du burn out, un nouveau mot a fait son apparition : le « blurring », tiré du verbe anglais « to blur » (qui signifie effacer). Les frontières entre entreprise et « vie perso » s’estompent. Mais lorsque la machine s’emballe, le chemin qui mène au burn out commence.

Le burn out n’est pas une pathologie reconnue comme maladie professionnelle. Difficile sans ce cadre clair d’obtenir des statistiques précises sur le nombre de personnes touchées, et les conséquences pour l’entreprise. Certains se sont toutefois risqués à essayer de quantifier l’impact du burn out. Ainsi, selon l'estimation du cabinet Technologia 1, fondée sur les évaluations de l'Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) « l'estimation du coût social du stress professionnel est de 2 à 3 milliards d'euros ». Une somme qui n’a rien de négligeable car elle pèse sur les dépenses imputables aux accidents du travail et aux maladies professionnelles de la Sécurité Sociale. Les conséquences sont aussi visibles au niveau de l’entreprise : une productivité réduite, un climat de travail plus négatif, voire des jours d’absence… c’est bien souvent une perte directe sur les performances de la société.

1 Cabinet d’évaluation et de prévention des risques professionnels agréée par l’Etat.