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Comment éviter des incendies dramatiques comme ceux de Crans-Montana ou de Rouen ?

Les incendies tragiques de Crans-Montana (2025) et de Rouen (2016) mettent en lumière des points communs qui concernent tous les bars, cafés et restaurants. Dans ces deux situations, un départ de feu limité a rapidement dégénéré, soulignant l’importance d’une prévention incendie rigoureuse, de matériaux adaptés et de dispositifs permettant une évacuation sécurisée.

À Crans-Montana, des feux de Bengale ont enflammé une mousse acoustique en polyuréthane non protégée, installée au plafond d’un sous-sol. À Rouen, ce sont des feux de Bengale qui ont provoqué un embrasement similaire. Ces matériaux, lorsqu’ils ne sont pas recouverts par un parement résistant au feu, s’enflamment très rapidement et dégagent des fumées opaques et toxiques, rendant l’évacuation difficile voire impossible en quelques secondes.

Un cadre réglementaire mais exigeant En France, la réglementation est claire et précise les obligations pour les ERP de type N (bars, cafés, restaurants), les employeurs de ces établissements doivent se conformer à plusieurs textes essentiels, dont :

  • L’arrêté du 25 juin 1980 modifié,

  • Le Code de la construction et de l’habitation,

  • Et le Code du travail (articles R.4227-37 à R.4227-41).

Ces textes imposent des obligations concrètes pour :

  • Les matériaux,

  • Les plans d’évacuation,

  • Les issues de secours,

  • La détection et la prévention des risques.

Respecter le classement de réaction des matériaux au feu

Les matériaux utilisés doivent présenter un classement de réaction au feu M0 ou M1, M2 étant toléré dans certaines conditions et M3/M4 proscrits.

Toute mousse polyuréthane ne peut être utilisée que si elle est recouverte par un système certifié, comme une plaque de plâtre ou un panneau coupe-feu.

Sorties de secours et plans d’évacuation : le chemin vers la sécurité

Les matériaux ne sont qu’un volet de la prévention. Les établissements doivent également prévoir et organiser des plans d’évacuation clairs, affichés aux emplacements stratégiques (entrées, salles, escaliers, cuisines, espaces de stockage) et incluant les numéros d’urgence 15, 17, 18 et 112 (numéro européen) ainsi que le centre de secours le plus proche.

Ces plans doivent être lisibles, régulièrement mis à jour et accompagnés de consignes précises pour le personnel et la clientèle. Au sein d’une zone touristique, ces documents doivent être traduits en anglais à minima.

Les issues de secours sont tout aussi essentielles : au moins deux sorties donnant sur l’extérieur, dans des directions opposées si possible, avec des portes d’au moins 90 cm, accessibles aux personnes à mobilité réduite et libres de tout obstacle.

La signalisation doit respecter la norme ISO 7010 et l’éclairage de sécurité garantir une autonomie en cas de coupure d’électricité.

Enfin, selon la taille des locaux, le nombre de sorties s’adapte : <100 m² : 1 sortie, 100–300 m² : 2 sorties, >300 m² ou sous-sol : 3 sorties ou plus.

Équipements de lutte contre le feu : une vigilance quotidienne

La sécurité incendie repose sur des moyens d’extinction toujours opérationnels. Dans les ERP de catégorie 5, un extincteur est requis par tranche de 200m², avec au moins un par niveau. Les feux courants sont couverts par des extincteurs à eau, tandis qu'il est essentiel de choisir des extincteurs correspondant aux risques réels de la cuisine et de les rendre facilement accessibles (couverture anti-feu pour les graisses par exemple). Tous les équipements doivent être visibles, accessibles et contrôlés annuellement. Dans les ERP de catégories 1 à 4, des robinets d’incendie armés (RIA) sont obligatoires, répartis tous les 60 m et complétés par des colonnes sèches au-delà de 18 m de hauteur.

La prévention est renforcée par des systèmes de détection et d’alarme audibles dans tous les locaux. Les détecteurs de fumée, bien que parfois facultatifs, sont recommandés et permettent de déclencher alertes, éclairage d’évacuation et messages de sécurité.

Désenfumage et ventilation : protéger la respiration

Le désenfumage est également un critère de sécurité majeur. Pour les locaux >300 m², les sous-sols ou les locaux aveugles >100 m², un système de désenfumage naturel ou mécanique est obligatoire. Dans les grandes cuisines ouvertes, les ventilateurs

d’extraction doivent pouvoir évacuer des fumées à 400 °C pendant 1 h, limitant ainsi l’exposition des occupants à des gaz toxiques.

Compartimentage et portes coupe-feu : limiter la propagation

Un autre aspect essentiel souvent méconnu est le compartimentage et l’utilisation de portes coupe-feu, destinés à limiter la propagation du feu et des fumées dans l’établissement.

Les murs coupe-feu et les portes coupe-feu séparent les cuisines, les locaux techniques et les zones de stockage des espaces publics, et doivent résister au feu au minimum deux heures (REI 120).

Les portes coupe-feu doivent se fermer automatiquement et rester accessibles, tout en figurant clairement sur les plans d’évacuation pour orienter les occupants. Ce compartimentage assure que, même en cas de départ de feu dans une zone à risque, le reste de l’établissement reste praticable et permet aux clients et au personnel de rejoindre les sorties en sécurité.

Trouver des alternatives sûres aux bougies et objets pyrotechniques

La prévention passe aussi par des choix responsables en matière de décoration : bougies sur supports stables et incombustibles, à au moins 30 cm des matériaux combustibles.

Les feux de Bengale, très chauds (jusqu’à 1000 °C) et dangereux dans un environnement clos, doivent être remplacés par des LED sécurisées comme envisagés par certains depuis le dernier incident à Crans-Montana.

Responsabilité de l’exploitant et sanctions

La réglementation prévoit également des sanctions en cas de non-respect : absence de plans ou consignes lisibles (amende 1 500 €), extinction ou alarmes non présentes (fermeture temporaire et amende jusqu’à 45 000 €), obstruction des sorties (fermeture immédiate) ou mise en danger grave d’autrui (amende et emprisonnement jusqu’à 5 ans). La vigilance et la rigueur dans l’application des règles sont donc essentielles pour tous les exploitants.

Une vigilance continue : le meilleur moyen de prévention

Ces incidents rappellent une évidence : la sécurité incendie repose autant sur la qualité des matériaux que sur l’anticipation de l’évacuation. Un établissement peut être conforme sur le papier et devenir dangereux en quelques minutes si les règles ne sont pas appliquées correctement.

Pour accompagner les professionnels du secteur, la MAPA Assurances et ses partenaires, tels que Chronofeu et Bureau Veritas, proposent des prestations complètes incluant des audits, la vérification des équipements et la tenue du registre de sécurité. Renouvelées chaque année, ces démarches permettent de garantir non seulement la conformité réglementaire des établissements, mais surtout l’efficacité des dispositifs le jour où ils deviennent indispensables.

En résumé, recommandations pratiques transversales pour les restaurateurs et commerces alimentaires :

1. Audit de sécurité complet : Faire procéder à un diagnostic ERP par un bureau de contrôle agréé avant toute ouverture ou après modifications structurelles

2. Vérification des matériaux : Remplacer toute mousse polyuréthane brute par des panneaux coupe-feu certifiés M1, vérifier classification de tous rideaux/textiles

3. Équipement de lutte contre le feu et détection : Disposer des moyens d’extinction adaptés, en nombre suffisant, accessibles et vérifiés par des organismes agréés annuellement, tel que Chronofeu et Bureau Veritas.

4. Formation du personnel : Organiser des sessions annuelles de formation incendie, familiarisation avec équipements de secours, simulation d’évacuation, sur une fréquence biannuelle.

5. Maintenance préventive : Créer calendrier de maintenance (hottes, filtres, installations électriques, vérification des portes de secours)

6. Politique interne anti-incendie : Document écrit établissant interdictions (bougies pyrotechniques, produits inflammables en cuisine, obstacles sur dégagements)

7. Gestion de la panique : Formation au management de situation d'urgence, communication claire lors de l'alarme, points de rassemblement bien signalés

8. Accessibilité pour PMR : Vérifier conformité ascenseurs d’évacuation, portes adaptées, parcours d’évacuation sans obstacle

9. Registre de sécurité : Tenu à jour, disponible pour inspection, consignant tous les événements de sécurité

10. Alerte des secours : Procédure simple et claire : responsable désigné pour appeler 15/17/18/112, afin de communiquer localisation précise et nature du sinistre

11. Communication clients : Plans d’évacuation visibles, consignes affichées aux accès, information claire sur comportements à adopter en cas d'urgence

Normes et règles des ERP en France : conseils et bonnes pratiques à respecter pour éviter les incendies