Entre Pros : Fromagerie O pré du fromage : A sa tête, une passionnée déterminée

Publié le 10 juin 2015 - Modifié le 21 novembre 2017

Fromagère dans son commerce

Après avoir travaillé pendant 10 ans comme auxiliaire puéricultrice à la Mairie de Bouscat en Gironde, Stéphanie Boulain a pris un virage professionnel à 180 degrés. Elle a ouvert en 2010, dans cette même commune, une fromagerie, dénommée O pré du fromage.

Elle connaît depuis 4 ans un succès grandissant grâce à la qualité de ses produits et l'accueil qu'elle réserve à ses clients. Elle a été classée dans les 92 meilleures fromageries de France par le magazine Gault et Millau.

Entre le secteur de la petite enfance et celui des métiers de bouche, il y a un fossé que Stéphanie Boulain a franchi allègrement, non sans beaucoup d'abnégation et de détermination. En effet, pour elle, c'était une évidence qu'un jour elle ait sa propre boutique. « Dans mon village, il y avait une fromagerie dans laquelle j'adorais aller. Depuis toute petite, je disais que je serais fromagère. » Mais pour ses parents, eux même commerçants, ce n'était pas une solution envisageable. « Ils ne souhaitaient pas que je fasse comme eux. Ma mère trouvait qu'être commerçant était un métier difficile avec des horaires importants qui empêchent de se consacrer à sa famille. »

"Le commerce à l'ancienne"

Fille unique, elle s'est pliée à leur volonté et a passé un diplôme d'auxiliaire puéricultrice qui lui a permis de décrocher un emploi à la mairie de Bouscat. « J'aimais ce que je faisais mais j'avais toujours en moi ce désir de petite fille. » Déterminée, pendant quatre ans, elle s'est formée au métier de fromagère sur ses temps libres. « Il n'y a pas vraiment de diplôme, c'est une profession que l'on apprend sur le tas. Je suis donc allée frapper à la porte de nombreux fromagers leur demandant de pouvoir effectuer des stages. » Seuls quelques-uns ont été sensibles à sa démarche comme la célèbre fromagerie Androuet à Paris auprès de laquelle elle a beaucoup appris notamment sur la qualité des produits. Pour son installation, là encore elle s'est débrouillée seule. « Je suis allée dans les rues de Bouscat faire ma petite enquête pour évaluer l'opportunité de monter une fromagerie dans la ville et connaître les souhaits des habitants. » Rassurée sur le bien fondé de sa démarche, elle a quitté le confort de son emploi pour ouvrir en 2010 sa fromagerie O pré du fromage dans un ancien magasin de téléphonie.

Depuis cette date, elle est d'ailleurs sociétaire à la MAPA.« Ce que j'aime, c'est le commerce à l'ancienne » sourit Stéphanie. Sur ce point, ses parents ont été indirectement très formateurs : « Je suis, en quelque sorte née, sous le comptoir de leur commerce, j'ai intégré leur façon de bien recevoir et conseiller les clients. Des postures qui sont essentielles mais qui doivent aussi s'accompagner par une qualité irréprochable des produits. Je travaille avec un fournisseur et quelques producteurs de fromages en qui j'ai entièrement confiance. » Les clients ont été sensibles à sa démarche et dès l'ouverture le succès a été au rendez-vous.

Se distinguer

Si elle a bien conscience qu'elle peut difficilement concurrencer les grosses fromageries de Bordeaux avec leur cave d'affinage, son magasin qui compte deux salariés, se distingue, dans les 200 fromages qu'elle propose en rayon, par des produits que eux n'ont pas. Comme le Carublu (bleu italien affiné aux fèves de cacao), le Boulet de Cassel du Nord ou encore le Brie à la truffe, qu'elle prépare elle-même lors des fêtes de fin d'année. En outre, elle organise régulièrement des animations notamment des dégustations les samedis matin. « L'objectif est de faire découvrir à mes clients des fromages auxquels ils ne sont pas habitués.» Le lieux fait également épicerie fine et restauration le midi. « Mon local n'est pas très grand, je n'ai que six tables. » Une diversité des produits et un accueil des clients qui lui a valu d'être classée cette année encore dans les 100 meilleures fromageries de France.

Aujourd'hui, ses anciens collègues de la mairie sont admiratifs de son parcours, mais à ses yeux ce qui lui importe le plus est de voir son père ravi du succès de son entreprise. Avec un regret toutefois, que sa mère n'est pas pu assister à sa réussite actuelle. Elle ne leur en veut pas de l'avoir empêchée de se lancer plus tôt dans le métier de fromagère, et même si elle reconnaît qu'il est difficile, elle ne sera pas aussi restrictive si l'un de ses trois enfants souhaitent suivre sa voie. D'ailleurs la relève semble se profiler : « mon fils de 14 ans est très intéressé par ce métier », conclut Stéphanie.

Interview réalisée en juillet 2014. 

Mme Boulain est suivie par l'équipe de MAPA Bordeaux.